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L'Hippodrome de Constantinople, aujourd'hui la Place Sultanahmet
Aperçu
L'Hippodrome de Constantinople, aujourd'hui largement connu sous le nom de Sultanahmet, le cœur impérial d'Istanbul, ou place des Chevaux (At Meydanı), fut jadis le cœur vibrant de la capitale de l'Empire byzantin, Constantinople (l'actuelle Istanbul). Pendant plus d'un millénaire, il servit de principale arène publique de la ville, une grande scène où se croisaient spectacle public, pouvoir politique et vie quotidienne. Des courses de chars trépidantes qui captivaient les foules aux cérémonies impériales, manifestations politiques et même révoltes brutales, l'Hippodrome était un microcosme de la société byzantine. Aujourd'hui, si les grandes tribunes et la piste de course ont disparu, les échos de son passé persistent à travers des obélisques monumentaux et une colonne serpentine qui se dressent sur la place moderne, invitant à la réflexion sur le pouls antique de la ville.
Histoire
Les origines de l'Hippodrome remontent à l'époque romaine, sa construction initiale étant attribuée à l'empereur Septime Sévère au début du IIIe siècle apr. J.-C., lorsque la ville s'appelait encore Byzance. C'est cependant sous l'empereur Constantin le Grand, qui refonda la ville sous le nom de Constantinople en 330 apr. J.-C., que l'Hippodrome fut considérablement agrandi et transformé en l'édifice magnifique qui allait dominer la vie publique de la ville. Durant l'ère byzantine, l'Hippodrome devint un espace public incontournable, central au pouvoir impérial et à l'expression populaire. Sa fonction première était d'accueillir de palpitantes courses de chars, une passion héritée du monde romain. Ces courses n'étaient pas de simples événements sportifs ; elles étaient profondément liées au tissu politique et social de la ville. Deux factions principales, les Bleus (Venetoi) et les Verts (Prasinoi), représentaient souvent des alignements sociaux et politiques plus larges, leurs partisans s'affrontant fréquemment en dehors de l'arène. Les empereurs patronnaient stratégiquement ces factions, utilisant l'Hippodrome comme lieu de communication avec le peuple, pour recevoir des acclamations ou faire face au mécontentement public. Au-delà des courses, l'Hippodrome fut le théâtre de triomphes impériaux, d'exécutions publiques, de cérémonies fastueuses de la cour et de célébrations religieuses. C'est ici que l'empereur était le plus visible pour son peuple, forgeant une relation unique et souvent volatile avec la foule. Cette relation instable explosa dramatiquement en 532 apr. J.-C. lors de la sédition Nika. Ce qui commença comme une émeute entre Bleus et Verts pendant une course de chars s'aggrava en un soulèvement généralisé contre le règne de l'empereur Justinien Ier. Les factions s'unirent sous le cri « Nika ! » (Victoire !), protestant contre les impôts élevés et la tyrannie perçue de l'administration impériale. La révolte plongea la ville dans le chaos pendant plusieurs jours, incendiant de vastes secteurs de Constantinople, dont une grande partie de la Sainte-Sophie originelle, une histoire en strates. Justinien, qui envisageait de fuir, aurait été persuadé par son impératrice Théodora de rester et d'écraser la rébellion. Les forces impériales, menées par les généraux Bélisaire et Narsès, massacrèrent finalement des dizaines de milliers d'émeutiers au sein même de l'Hippodrome, consolidant le pouvoir de Justinien mais à un coût immense. Bien que moment charnière, la sédition Nika ne représente qu'un épisode dramatique parmi d'autres dans la longue histoire de l'Hippodrome comme baromètre politique de la ville. Après le sac latin de Constantinople en 1204, lorsque les forces croisées pillèrent la ville, l'Hippodrome entama une longue période de déclin. Bon nombre de ses précieuses statues et monuments furent pillés, fondus ou expédiés vers l'Europe occidentale. Avec la conquête ottomane de Constantinople en 1453, le rôle de l'arène changea. Si les courses de chars cessèrent, l'espace continua d'être utilisé pour divers événements publics, notamment des joutes, des défilés et surtout de grandes processions et célébrations cérémonielles, devenant connu sous le nom d'*At Meydanı* (place des Chevaux). Durant l'ère ottomane, le terrain de l'Hippodrome servit souvent aux fêtes impériales de circoncision, aux réceptions publiques et de terrain d'entraînement pour la cavalerie janissaire. Progressivement, le secteur environnant fut urbanisé, et l'antique structure fut largement enfouie ou démantelée, cédant la place à la place urbaine que nous connaissons aujourd'hui, nichée parmi des monuments emblématiques ottomans comme la mosquée du Sultan Ahmed (Mosquée Bleue) et le palais de Topkapı, centre de l'Empire ottoman.

Architecture
L'Hippodrome originel était une immense structure en forme de U, mesurant environ 450 mètres de long et 130 mètres de large, capable d'accueillir des dizaines de milliers de spectateurs. La piste elle-même était divisée par une barrière centrale, la *spina*, autour de laquelle couraient les chars. Cette *spina* était ornée d'une magnifique collection de monuments rapportés de tout le monde romain et hellénistique. Si les gradins et tribunes d'origine ont depuis longtemps disparu, plusieurs monuments clés de la *spina* subsistent et se dressent encore à Sultanahmet, le cœur impérial d'Istanbul : * **L'Obélisque de Théodose** : érigé à l'origine par le pharaon Thoutmosis III dans le temple de Karnak en Égypte vers 1490 av. J.-C., cet obélisque égyptien antique fut apporté à Constantinople par l'empereur Théodose Ier en 390 apr. J.-C. Il repose sur un piédestal de marbre élaboré, sculpté de reliefs représentant Théodose et sa famille à l'Hippodrome, observant les courses et recevant des hommages, offrant un lien visuel direct avec le passé de l'arène. * **La Colonne Serpentine** : cette colonne de bronze remonte à la Grèce antique, érigée à l'origine au sanctuaire d'Apollon à Delphes en 479 av. J.-C. pour commémorer la victoire grecque sur les Perses à la bataille de Platées. Elle fut apportée à Constantinople par Constantin le Grand. À l'origine, elle représentait trois serpents entrelacés soutenant un trépied doré. Aujourd'hui, seule la partie inférieure de la colonne subsiste, et les têtes de serpents sont en grande partie perdues, bien que l'une d'elles ait été brièvement récupérée et se trouve désormais aux Musées archéologiques d'Istanbul. * **L'Obélisque Muré (ou Obélisque de Constantin Porphyrogénète)** : cet obélisque de pierre fut construit par des empereurs byzantins, peut-être dès l'époque de Constantin Porphyrogénète au Xe siècle. Il fut autrefois recouvert de plaques de bronze doré représentant des victoires impériales, mais celles-ci furent arrachées par les croisés latins en 1204. Aujourd'hui, il se dresse comme un simple pilier de pierre brute, témoignage des embellissements byzantins tardifs de l'Hippodrome et de son pillage ultérieur. D'autres éléments notables, tels que le célèbre quadrige de bronze (statue d'un char à quatre chevaux) qui ornait autrefois l'entrée de l'Hippodrome, furent également pillés lors de la quatrième croisade et se dressent aujourd'hui au-dessus de l'entrée de la basilique Saint-Marc à Venise.
Quartier: Sultanahmet: Istanbul's Imperial Heart
Questions fréquentes
Quelle était la fonction principale de l'Hippodrome de Constantinople ?
La fonction principale de l'Hippodrome était d'accueillir les courses de chars, des spectacles publics extrêmement populaires. Il servait également de lieu essentiel pour les cérémonies impériales, les rassemblements politiques, les célébrations publiques et même les exécutions, en faisant un point central d'interaction entre l'empereur et le peuple.
Qui a construit l'Hippodrome de Constantinople ?
La construction initiale de l'Hippodrome débuta sous l'empereur romain Septime Sévère au début du IIIe siècle apr. J.-C. Il fut cependant considérablement agrandi et achevé par l'empereur Constantin le Grand au IVe siècle apr. J.-C., qui le transforma en la grande arène de sa nouvelle capitale, Constantinople.
Qu'est-ce que la sédition Nika et pourquoi est-elle importante ?
La sédition Nika fut un soulèvement massif et violent survenu en 532 apr. J.-C., débutant par des émeutes entre les factions de courses de chars (Bleus et Verts) contre le gouvernement de l'empereur Justinien Ier. Elle dégénéra en destructions généralisées et faillit renverser le règne de Justinien avant d'être brutalement réprimée au sein même de l'Hippodrome, causant des dizaines de milliers de morts. Elle est significative car elle démontre la puissance de la dissidence populaire à Constantinople et la relation complexe entre l'empereur et ses sujets.
Quels monuments historiques de l'Hippodrome sont encore visibles sur la place Sultanahmet ?
Aujourd'hui, trois monuments principaux de l'ancienne *spina* de l'Hippodrome sont encore visibles sur la place Sultanahmet : l'antique obélisque égyptien de Théodose, la colonne serpentine de Delphes, et l'obélisque muré de l'époque byzantine (également connu sous le nom d'obélisque de Constantin Porphyrogénète).
Qu'est-il advenu de l'Hippodrome après la conquête ottomane ?
Après la conquête ottomane en 1453, les courses de chars cessèrent, et la structure de l'Hippodrome tomba progressivement en désuétude, étant largement démantelée ou enfouie. La zone fut réaffectée aux événements publics ottomans, devenant connue sous le nom d'*At Meydanı* (place des Chevaux), accueillant cérémonies impériales, joutes et défilés militaires, évoluant vers la place urbaine moderne qu'elle est aujourd'hui.
Qui étaient les « Bleus » et les « Verts » ?
Les « Bleus » (Venetoi) et les « Verts » (Prasinoi) étaient les deux principales factions de courses de chars à Constantinople. Leur rivalité dépassait le cadre de la piste de course, représentant souvent différentes affiliations politiques, sociales et même religieuses au sein de la ville, menant parfois à des affrontements violents.
Quel monument célèbre fut pillé de l'Hippodrome et se trouve aujourd'hui à Venise ?
Le célèbre quadrige de bronze, statue d'un char à quatre chevaux, qui ornait autrefois l'entrée de l'Hippodrome, fut pillé lors de la quatrième croisade en 1204. Il se dresse aujourd'hui au-dessus de l'entrée principale de la basilique Saint-Marc à Venise, en Italie.